Elus 2.0 : Toute une éducation à faire


En septembre 2009 NKM a lancé un programme d’initiation au Web 2.0 auprès des parlementaires. Cette initiative a reçu de la part des internautes un très faible écho dans la blogosphère et pour les plus geeks un accueil des plus sceptiques.

Autheuil blogueur  donne une vision très amusante du questionnaire dûment rempli. Il en tire une conclusion peu optimiste : les politiques sont des handicapés du mulot.

Des critiques justifiées ? :

Les critiques adressées à la ministre sur son projet semblent un peu sévère mais pour certaines fondées. Au vu de la moyenne d’âge (53 ans et 9 mois)  et de leurs agendas, la majorité des députés et sénateurs ne sont pas réputés pour être des technophiles avertis. En ont ils d’ailleurs le temps ?.  NKM en proposant un questionnaire simple, voire réducteur  ne prend pas (trop) de risques et se donne une forte marge de progression dans la sensibilisation et l’adoption aux outils Web 2.0. Et pourra donc communiquer ensuite sur le succès de l’opération.  Mais qu’en sera-t-il vraiment de la suite des évènements  : un coup d’épée dans l’eau ?  Pourtant utiliser  un tel argument serait facile et n’apporterait rien de positif.

Une fracture numérique et/ou sociale ?

Dans un second temps, on peut se dire que la fracture numérique et sociale entre les parlementaires et les connectés est installée. Les « handicapés du mulot » sont certainement plus proche des non connectés (qui représente tout de même 30% de la population) que des connectés, la seule différence c’est que leurs assistants maîtrisent les outils.

Le problème est que les débats sont orientés avant tout sur la partie technique : Fibre, satellite, cuivre, financement et beaucoup moins sur les usages. Certes, fibrer le territoire en TTHD est important. La compétitivité des territoires et des entreprises en dépend, mais à quoi sert de fibrer si les populations ne savent pas se servir des outils ou les utilisent à mauvais escient Voir pour plus d’informations : http://www.lcpan.fr/emission/77494/video .

De même, il serait peut être opportun de permettre aux parlementaires d’utiliser aux sein des assemblées la consultation en ligne de la presse des vidéos, mais aussi d’avoir accès au format électronique des documents de travail.

En quoi les politiques sont concernés par ces évolutions à titre individuel.

Les politiques doivent se sentir concernés par ces évolutions (Etude de Hervé Pargues « Etude sur les sites web des candidats PS & UMP »). Mais pas là où se concentrent la majorité des débats. L’‘impact des outils Web 2.0 dans la relation élu-administrés, candidat-électeurs et des nouveaux territoires créées. A écouter les parties prenantes, l’impression donnée est que les parlementaires ne sont pas concernés par cette évolution.

Elus 2.0 Réunion

Pourtant à l’heure de l’e-administration, du mélange vie privée et vie publique. Ne pas prendre en compte ses avertissements seraient une grosse erreur.

Le buzz négatif ou l’image écornée de ces hommes et femmes politiques laisse dans la mémoire collective des traces indélébiles et risque de ressurgir en permanence à plus ou moins brève échéance.

Ex:  Un nouveau buzz concernant le président américain Barack Obama, il ferait une apparition dans ce clip de rap de 1993 à 1 minute 1 seconde. Le président des USA le plus cool de l’histoire, véritable Will Smith de la Politique, aurait selon la « rumeur du net » participé au clip de Tag Team « Whoomp there it is ». 10 juin 2010

Les politiques locaux volent-ils en dessous du radar ?

L’actualité politique à surtout mis en avant pour le moment des hommes politiques d’envergure nationale (Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin) et un peu plus rarement les échelons inférieurs. Ce caractère local peut donner l’illusion de pouvoir passer sous le spectre des médias sociaux.

Ils ont tort. Non pris en considération, les réseaux sociaux peuvent devenir une source d’incertitudes et de controverse quelle que soit la thématique et le lieu, c’est une caisse de résonance qui abolit les distances et le temps. Des auteurs de blog locaux ou des vidéo mis en ligne peuvent trouver un écho ou passer complètement inaperçu et ressurgir plusieurs semaines ou mois après. Une actualité ou un événement politique comme des élections peut faire ressurgir des événements que l’on croyait passé. Rien ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’Internet  ne jouera  pas un rôle dans une élection locale, comme les élections régionales de 2010.

De même, au-delà de ce rôle très ponctuel, les politiques ont aujourd’hui peu investi la sphère numérique de manière permanente. Peu d’hommes et de femmes politiques d’envergure nationale ou locale s’investissent personnellement et durablement auprès dans une relation avec les internautes. Les 100 premiers comptes Facebook (56 millions de personnes) sont assez symptomatiques de cette appropriation, entre le premier (plus de 100.000 adhérents) et le dernier compte (354), plus de 99% des élus n’ont pas investi d’une manière ou d’une autre l’espace numérique.

Quel serait les avantages pour les politiques

Se poser la question de l’intérêt des médias sociaux dans le domaine politique n’est pas anodin. Qu’il soit national ou local l’homme politique se doit de diffuser sur tous les médias son message. Laisser un territoire vierge, c’est laisser un territoire d’expression à un concurrent ou à un faussaire.

C’est l’expérience malheureuse que Martine Aubry a eu l’occasion d’expérimenter récemment avec Twitter.

L’autre avantage pour un homme politique d’utiliser les médias sociaux est la capacité de ceux-ci à créer, accroître et pérenniser les liens tissés pendant et après la campagne électorale. C’est ce qu’à fait Dominique de Villepin avec son site Villepin.fr (voir Article de Luc Mandret), en fidélisant autour de son identité numérique ses adhérents, il pose les bases  d’un dialogue entre lui et ses admirateurs et admiratrices. En effet, les politiques ont tendance à communiquer sur tous les supports en période de électorale et d’abandonner dès l’élection passée. Pérenniser le lien permet donc de prolonger la présence de l’homme politique dans les médias. Doit-ils pour autant twitter ou communiquer partout et tout le temps,  est aussi unes question qui mérite qu’on y réponde (voir Article sur Médias Sociaux.com). Christian Estrosi ayant expérimenté le tweet au Sénat dernierement….

les inconvénients.

Source : L'express

Le Web 2.0 a un gros défaut, c’est qu’il est en mutation permanente. Les outils disparaissent aussi rapidement qu’ils naissent. En constante amélioration, portés de grands groupes et des start-up, la pérennité des outils est difficile à prévoir. Qui sait si dans deux ans Facebook et Twitter seront encore là.

Le Web 2.0 a pour autre caractéristique de laisser une large part aux usages. Les internautes en s’appropriant les outils peuvent trouver de nouvelles utilisations.  Usages qui peuvent être très loin de l’outil initial proposé par les concepteurs. De même l’absence d’annuaires est un handicap sérieux à une utilisation à grande échelle au sein des institutions.

Le Web 2.0 est  aussi un outil reposant sur la confiance entre l’émetteur et le récepteur, ce n’est pas un média à sens unique comme la télévision de l’ORTF qui peut être contrôlé et par lequel on peut propager sa pensée politique.  Tout au plus dirigé dans un sens, le Web 2.0 passe par de nombreux filtres sociaux avant d’arriver au grand public. Ces filtres analysent dissèquent l’information et relèvent les ficelles et les annonces approximatives peuvent être démontées ou générer un fort soupçon comme le dernier buzz négatif de Nicolas Sarkozy sur le mur de Berlin.

Conclusion :

Entre absence et omnipotence, le monde politique trouver un équilibre. Vouloir à tout prix communiquer sur tout peut être aussi dangereux que de laisser un no-man’s land virtuel.

Les réseaux sociaux politiques soulèvent avec acuité des questions très pointues sur l’identité numérique des politiques et des citoyens, de la persistance de l’information , de l’infobesité.

Une autre question doit être posée : Mieux vaut-il être sur des plate-formes spécialisées et identifiées, comme la coopol (voir les retours d’expériences de Julien DREHER  vidéo plus d’info ici) du PS ou le Mouvement Populaire de l’UMP ( « Les créateurs de possibles », quand l’UMP fait plouf) ou afficher ses opinions politiques sur des plate-formes généralistes (Facebook). Ne peut-on craindre d’opérer un mélange des genres entre vie privée, vie professionnelle et opinions politiques. ?

De même quel pourrait être l’impact de la réforme des collectivités territoriales qui doit faire passe le nombre d’élus locaux de 6000 à 3000 sur la vie politique française et son vieillissement. De nombreuses questions demeurent donc sans réponses.  Nous sommes à une croisée des chemins, les nouvelles technologies permettent de raccourcir les circuits de décision ainsi que le nombre d’intervenants. Qui seront les grands gagnants et qui seront les grands perdants  ?


Pour en savoir plus : http://www.mediassociaux.com/2009/11/16/peut-on-twitter-partout-tout-le-temps

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Elus 2.0

Annexe : définition

La fracture numérique qui : “ désigne le fossé entre ceux qui utilisent les potentialités des technologies de l’information et de la communication pour leur accomplissement personnel ou professionnel et ceux qui ne sont pas en état de les exploiter faute de pouvoir accéder aux équipements ou de compétences ” (Commission nationale française pour l’Unesco, 2005) prend plusieurs formes.

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12 réflexions au sujet de « Elus 2.0 : Toute une éducation à faire »

  1. « La France d’en bas », expression réutilisée encore et encore connaît-elle les médias sociaux?
    N’est-elle pas une grande majorité des Français qui a décidé de se désintéresser du fait politique depuis fort longtemps. N’en parlons plus, cette dernière ne participe pas ou plus du tout, et ce n’est pas l’utilisation des médias sociaux qui lui fera changer d’avis.

    Et les autres alors, une infime partie débute sur les réseaux tels facebook, twitter, etc. Ceux-là, les politiques peuvent en effet les ravir d’un coup de twitter comme une première page dans le quotidien du jour était efficace il y a bien longtemps!

    Et, l’actualité des politiques même si elle change de support de communication (bien que les dirigeants des médias d’hier sont ceux d’aujourd’hui et de demain) sera d’autant plus manipulable qu’elle sera numérique, modifiable comme une photo dans gala (retouchée).

    Les dangers sont là sous-jacents, fulgurants, et c’est pour cet effet vicieux, nocif et incontrôlable que les parlementaires sont réticents au web en général pas seulement au web 2.0 en particulier.

    La vrai problématique est de changer de système de représentation politique en partant du suffrage tout simplement. Qui vote en France? Qui est le plus adéquat à représenter l’électeur au Parlement? Plus de transparence et moins de privilèges liés à la représentation parlementaire.

    Traiter la cause plutôt que les conséquences et les moyens.
    Quand il y a légitimité il n’y a plus de danger, donc plus de réticences à communiquer sur ce que nous sommes, ce que nous faisons, etc.

  2. De nos jours, il n’est pas rare d’être inscrit à plusieurs réseaux sociaux sur Internet. Mais en général il y en a un que l’on utilise plus que les autres.

    Ainsi, dans chaque pays, il y a un réseau social de référence, celui sur lequel vous avez le plus de chance de trouver vos amis. Et il n’y a pas que Facebook et Twitter dans la vie.

    Vincenzo Cosenza a créé une carte mondiale dans laquelle il rescence les réseaux sociaux les plus populaires.

    http://blog.websourcing.fr/reseaux-sociaux-reference-monde/

  3. http://www.variae.com/la-%C2%AB-fin-annoncee-des-createurs-de-possibles-%C2%BB-excellente-nouvelle-pour-l%E2%80%99ump/

    Il aura fallu une pincée de courage politique, et une bonne dose de volonté de nettoyer l’héritage Bertrand, pour que Jean-François Copé reconnaisse l’échec du réseau social lancé il y a un an en grande pompe par l’UMP. Échouant à attirer les Français ou à avoir un impact notable sur le débat national, les Créateurs de Possibles se sont changés en certitude d’un échec, alimentant l’UMP-bashing désormais régulier sur Internet. Mais il ne faudrait pas qu’ils deviennent l’arbre cachant la forêt du web politique. Quel parti peut aujourd’hui se targuer d’avoir une approche réussie et efficace d’Internet, se traduisant par une capacité d’influence réelle sur un public large ?

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