Technologia : Stress et transport


Technologia, cabinet d’études privé créée en 1989, vient de publier une étude sur le « stress et le transport en Ile de France » et rendue publique sa synthèse. Reprise par la presse et les médias, la thématique a fait l’objet de nombreux articles, reportages, radio, télévision. Cette thématique a bénéficié d’un puissant relais sur Twitter (voir la photographie) et les réseaux sociaux. Afin de continuer les interactions avec les internautes, un sondage a été proposé sur le site de l’entreprise ainsi que la possibilité d’envoyer leur avis par le biais d’un formulaire. L’étude de Technologia est une étude qualitative reposant sur 150 entretiens de représentants du personnels et Directions de Ressources Humaines, qui se veut être un manifeste pour l’amélioration de la qualité des transports.

La synthèse de l’étude met en avant dix propositions, dont les thèmes principaux sont la gouvernance d’entreprise, les relations entre les différents partenaires sociaux (propositions 3, 4, 5, 6, 7,8) ainsi que la gestion des données personnelles (propositions 2) ainsi que les relations entretenus entre les acteurs principaux (SNCF/RATP) et leurs clients (proposition 1) considérés trop souvent comme des usagers. Tout en apportant une attention particulière au déménagement d’entreprises. L’étude propose de lever un frein : la non prise en compte du temps de transport dans les conditions de travail. Elle s’appuie pour cela sur le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail,

Une proposition opportune qui tranche avec les solutions traditionnelles

Dans un contexte, de crise, de tensions généralisées sur l’emploi, le logement et le pouvoir d’achat, le focus sur les transports (distance, temps et qualité) n’est pas anodin.

Pour rappel, la distance moyenne parcourue par un francilien entre son domicile et son travail en cinquante ans est passé de 4km à 40km et dure en moyenne 1h30, dans le pire des cas 2H30.En période de grève ou en cas d’accident, le temps de trajet peut être supérieur au temps de travail. Certes les moyens de locomotions : les voitures, trains et métros, les infrastructures routières et ferroviaires ont accompagné ce changement, mais à un rythme beaucoup moins soutenu.

Les politiques de la ville (suppression des places de parkings gratuits) qui se sont succédées, les pressions immobilières (+40% en 5 ans) et environnementales, comme le Grenelle de l’Environnement ont demandé aux parisiens de modifier leur modes traditionnels de déplacement en privilégiant les transports en commun (bus, métros et RER, deux roues). Cette volonté politique c’est traduite par une hausse régulière du nombre de voyageurs et du trafic, mais pas de la fréquence et des horaires d’ouvertures des lignes.

Tous les acteurs sont donc confrontés à un effet ciseaux. L’afflux de voyageurs entraine une usure accélérée du matériel ferroviaire (rames, voitures). La mise en œuvre de nouveaux chantiers comme la prolongation de ligne perturbent déjà des lignes saturées (Ex : Ligne 14, RER C, RER E, rénovation de la station Châtelet). Le financement des travaux1 pressurent et agitent encore un peu plus les collectivités locales (Controverse du Grand Paris, Rénovation de la Défense, EPAD) et modifient l’échiquier politique local. Les entreprises quant à elles pour des raisons de croissance, décroissance ou fiscales, peuvent être amenées à déménager et changer de siège social. Ces voies de développement sont donc lourdes et font déjà l’objet de débats et de rapports entre les principaux acteurs concernés.

Une seule région française figure parmi les quarante et une plus riches de l'Union européenne

Technologia propose une autre approche, plus douce en intervenant sur d’autres paramètres. Dans le cadre de ce billet, je parlerais avant tout que des propositions 3,4,5,6 dans la mesure où les autres propositions intéressent avant tout d’autres acteurs extérieurs et la création d’un observatoire des conditions de transports.

Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, de nouvelles compétences :

Le CHSCT ou comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail dont on peut trouver la définition ici doit être présent dans les entreprises de plus de 50 salariés. Ses missions concernent avant tout la sécurité des salariés au sein de l’entreprise. Avec cette proposition, celui-ci se verrai attribuer une nouvelle compétence.

L’exercice et les modalités de cette nouvelle attribution consisterait en une réunion annuelle consacrée à la question de l’impact des transports sur les salariés et d’apporter une attention particulière pour mieux prendre en compte les personnes les plus exposées. Sur le principe cette idée ressemble à un point de départ minimum.

Organiser une réunion annuelle semble un peu faible pour gérer une problématique difficile. Pour être efficace, il faudrait que la qualité d’une telle réunion soit préparée bien en amont et que les propositions envisagées soient viables, faisables et appuyées par les Ressources Humaines.

Une nouvelle obligation

Technologia dans sa proposition 3 souhaite imposer une obligation de recensement des informations liés au facteurs de risques transport. J’avoue que là je ne comprend pas l’intérêt (Si quelqu’un peu m’éclairer): Obligation légale ?. L’entreprise dispose déjà des données essentielles liées au salariés de son entreprise comme son lieu de domicile, ses moyens de transports (voiture ou transport en commun) ses horaires, le nombre d’enfants et son statut marital (célibataire, marié, en concubinage).

Ses éléments d’informations me semblent suffisant pour déterminer les temps de trajets et les risques adjacent tout en respectant la vie privée. Si l’exploitation de ces données par un SIG ou une base de données géographique n’était réservée que pour certaines applications et sociétés voilà encore quelques années. Aujourd’hui et plus encore dans un proche avenir ce type d’outils continuera à se démocratiser et permettre ainsi aux entreprises de tenir compte de tous les impacts du transport sur la vie de l’entreprise.

Déterminer les risques pour chaque personne (retard, accident, invalidité, décès etc) peut être intéressant, pour reconnaître enfin la valeur d’un individu quand celui-ci vient à disparaître momentanément ou définitivement, mais en général, le diagnostic intervient toujours tardivement.

De nouvelles solutions

Dans sa proposition 6 et 8, Technologia propose aux entreprises de développer le covoiturage et les navettes pour les lieux déficients en transport. Ces deux solutions explorent deux possibilités intéressantes qui ont déjà fait leur preuve (voir l’étude du Certu). Le covoiturage est une pratique assez développée, de nombreux sites internet (cinq acteurs privés) proposent cette solution et de nombreuses expériences sont tentées, comme à la SNCF (Expérience COMOVE) ou vélib. La place donnée au télétravail auraient pu être réelle (Proposition 9). Pourquoi celui-ci il est évoqué  presque du bout des lèvres, quasiment comme une sanction et proposé uniquement qu’en cas de déménagement.

Conserver des structures souples et trouver un nouvel équilibre

La proposition 7, qui pose l’obligation de consultation en amont du CHSCT sur les implantations envisagées par l’employeur avant la décision définitive ne précise pas la valeur juridique de la décision, le chef d’entreprise peut il passer outre ? ,Quel possibilité de recours ? Devant quelle institution ou juridiction ? Possibilité de référé en cas d’urgence ?

En conclusion, il n’y a pas de solution miracle, la problématique du transport et du stress engendré repose sur plusieurs facteurs. Il est nécessaire d’agir sur plusieurs leviers, améliorer les structures existantes, repenser le plan de déplacement en Ile de France.

Les entreprises  ne doivent pas oublier que dès la croissance mondiale revenue le prix de l’énergie va de nouveau surenchérir le coût du transport et alourdir la facture énergétique.

A côté des solutions techniques, revoir nos paradigmes est une nécessité et le premier d’entre eux est peut-être d’accorder un peu de souplesse dans les horaires de présence, de faire confiance aux salariés,  d’explorer de nouvelles voies, proposer des solutions collaboratives de travail à distance.

Pour en savoir plus

Voir l’interview de Jean Claude Delgenes, Directeur Général de Technologia sur l’express.fr.

Le Blog du monde.fr

Les projets :

Les chiffres clés du transport en Ile-de-France

Transport de personnes

  • 37 millions de déplacements quotidiens en Ile-de-France.
  • 10,5 millions pour la seule ville de Paris : 6,5 millions à l’intérieur de Paris et 4 millions entre Paris et la banlieue.
  • 21% des déplacements sur Paris se font en voiture et la majorité des déplacements sont inférieurs à 3 kilomètres.
  • Les transports en commun représentent 29% des déplacements intra-muros et ne produisent que 6% des émissions de gaz à effet de serre, contre 62% pour les voitures particulières.
  • 53% des déplacements de banlieue à banlieue se font en voiture.
  • 900 000 Franciliens viennent travailler chaque jour à paris et 300 000 Parisiens font le chemin inverse.

Transport de marchandises

  • 32 millions de marchandises transitent chaque année par Paris, dont 90% par la route, 7% par voie d’eau et 3% par le fer.

Investissements

  • Le contrat de projets Etat-Région prévoit 5,5 milliards d’euros d’investissement pour l’Ile de France entre 2007-2013, dont 2,9 milliards consacrés aux transports et à l’amélioration de l’accessibilité.
  • Le budget 2009 de la ville de Paris prévoit 875,5 millions d’euros d’autorisations de programme et 190 millions d’euros de crédits de paiement pour la voirie et les déplacements.
    Sources : région Ile-de-France, STIF, ville de Paris

Voir aussi  Entreprise et RTT mis en ligne sur ici  (Aout 2008 – Archives)

A venir sur le même thème une interview.

1.Selon l’étude d’impact actualisée en janvier 2009 par le gouvernement sur le projet de loi du Grenelle de l’environnement, le besoin de financement pour les modes ferroviaires, fluvio-maritimes et les transports collectifs en site propre est estimé, d’ici à 2020, à 97 milliards d’euros. Le coût de réalisation unitaire de ces nouvelles infrastructures atteindrait, selon les projets, entre trois et sept milliards d’euros. Or, le poids de la dette publique restreint les possibilités de financement, tandis que la crise financière rend plus difficile le bouclage des projets arrivant aujourd’hui à terme. Il convient donc de trouver de nouveaux modes de financement de nos infrastructures de transport collectif. Note de veille Mars 2009 n°129

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5 réflexions au sujet de « Technologia : Stress et transport »

  1. Evolution des modes de travail : les entreprises françaises à la traîne
    10/05/2010 – Par Olivier Roberget

    Le télétravail y est moins encouragé, de même que la remontée d’idées par les salariés. Les systèmes de récompenses sont jugés plus injustes et, sur ce dernier point, les Français se montrent plus sceptiques que leurs homologues étrangers sur les perspectives d’amélioration.

    http://www.collaboratif-info.fr/tendance/evolution-des-modes-de-travail-les-entreprises-francaises-la-traine

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