Le business de l’IE en perte de vitesse ?


Marginal, mal connu, royaume des barbouzes, l’intelligence économique en France a une image désastreuse auprès de l’opinion publique et plus particulièrement des chefs d’entreprises, cibles réelles des politiques publiques. D’ailleurs, depuis le rapport Martre (1994) et Carayon (2003), qui posent les bases de l’IE et le différencie du renseignement, la mise en œuvre de l’intelligence économique se fait toujours à marche forcée auprès de sociétés sourdes, aveugles et ignorantes du contexte économique et géopolitique. Cet argument phare justifié à la fin des années 80 début des années 90 avec l’émergence de la mondialisation, devrait ne plus avoir lieu, surtout que depuis 2001, la succession des crises et des guerres a accéléré le changement et les processus d’adaptation.

Cet état de fait trouve plusieurs justifications, certaines endogènes comme la taille et de la sous-capitalisation des entreprises. Qui en font des victimes et des cibles sur les marchés internationaux.

D’autres exogènes : trop d’intervenants, trop d’étages. La complexité de l’organisation administrative et économique de notre territoire brouille la visibilité des principaux acteurs.

Deux études menées actuellement par Basile R* et Romain * (publication 2010) ont pour objectif de proposer une évaluation de la politique publique d’IE de 1988 à 2010 et d’établir une bibliométrie de la diffusion du terme «Intelligence Economique» depuis 1960 jusqu’en 2008. Ces deux études  apporteront un nouvel éclairage sur dix ans de mutation économique.

Dans un cadre bien plus modeste, mon billet, vise avant tout à dresser un tableau des principaux acteurs, comprendre le contexte afin de savoir si l’intelligence est toujours un phénomène porteur, de réaliser un focus sur l’article 21 de la Loi Loppsi 2 qui encadre désormais les activités d’intelligence économique sous cette définition : « l’intelligence économique est le dispositif par lequel tout acteur économique assure la maîtrise et la protection de l’information qui est essentielle pour ses activités. Ce dispositif a deux dimensions, l’une offensive et l’autre défensive. D’un côté, il s’agit de rechercher, traiter et exploiter l’information utile. De l’autre, il s’agit de la protéger, dans un environnement fortement concurrentiel ».

Le constat : Une organisation territoriale archaïque

L’organisation de l’état dans ses missions, du territoire dans son organisation, est le fruit d’une évolution héritée de l’histoire révolutionnaire avec quelques archaïsmes issus de l’ancien régime. Cette organisation dite Jacobine repose sur un pouvoir central organisé avec autour de lui des reproduction de son organisation à l’échelle locale. Cette organisation reposant sur la concentration / déconcentration ayant démontré ces limites. Elle fit l’objet de réformes . Les Lois sur la décentralisation de 1982 et 1992, organisa les collectivités territoriales et leurs donnèrent une certaine autonomie et des compétences sur leur territoire. Cependant pour des raisons politiques et techniques,  la réorganisation fut incomplète et de nombreux doublons furent créées.

Les organismes à vocations sectorielles et professionnelles échappèrent pendant un temps à ce toilettage, comme les CCI, les Chambres de métiers ou la justice. Mais poussées par un contexte économique difficile, par des exigences européennes et un besoin d’assainissement des finances publiques, ces institutions durent envisager une nouvelle cartographie de leurs compétences et champs d’actions.

Cette répartition présentait cependant des avantages :

  • au niveau du territoire, de l’inscrire dans un schéma à long terme,
  • de rendre illisible la carte des savoir-faire et compétences pour des agents de l’extérieur (sur le plan stratégique)
  • de créer des lieux de rencontres et mélanges.

et des inconvénients

  • notamment en favorisant l’émergence de tours d’ivoire, de silos, de baronnies
  • une absence de contraintes de résultat qui limite le développement des territoires
  • une vision parcellaire de chaque organisme .

Cette complexité nécessite donc de dépasser les contraintes interne pour évoluer vers un travail en réseau au sein même des institutions et entre institutions. Intégrer ou donner une place au secteur privé relève d’une nouvelle étape difficile à franchir et qui pose la question d’une nouvelle répartition et possibilité de partenariats.

L’Etat se conforte dans son rôle d’acteur stratégique : « L’Etat conduit une politique d’intelligence économique dont la conduite vient d’être remaniée par le décret n° 2009-1122 du 17 septembre 2009 instituant un délégué interministériel à l’intelligence économique. »

L’intelligence économique un thème toujours porteur ?

L’intelligence économique est un marché de niche, nombre d’entreprises, de consultants indépendants français et étrangers se positionnent sur ces thématiques connexes. On y trouve la veille, la prise de décision, les logiciels de gestion de crises, de gestion de la connaissance et de formations.

Source : opinion-watch.com

L’intelligence économique est une thématique intéressante pour nombre d’acteurs, qui attire, révulse en même temps. Les médias se sont emparés de cette thématique. Émissions de télévisions, articles de presse, donnent ainsi du piment à des thématiques connexes comme l’innovation, l’industrie et l’emploi pour les « sujets sérieux ». Les faits divers, le sensationnalisme, préférant de mettre en avant des pseudo-actions d’intelligence économique.

Ainsi la création des pôles de compétitivité devait favoriser l’émergence de synergies entre la recherche, l’industrie et les institutions. L’intelligence économique s’inscrivait comme outil permettant de créer une cohérence entre ces trois acteurs.

Avec le grand emprunt, le financement de l’innovation doit permettre de mieux cibler les projets porteurs, les besoins de financement et les acteurs sensibles. Et l’utilisation de l’intelligence économique, là-aussi, dans ce domaine est essentielle.

Tout un écosystème relayé sur le net trouve un écho auprès d’un public de professionnels et d’étudiants. Des initiatives, nationales et locales souvent intéressantes diffusent les méthodologies .

Au vu des enjeux, l’attente est forte concernant le projet de Loi régissant l’intelligence économique. Et la déception risque d’en être plus grande encore dans la mesure ou l’article 21 ne répond pas à toutes les questions.

L’apport du projet de la loi Loppsi 2

Sur la forme,

Le projet de loi Loppsi 2 est un projet très polémique qui organise la réforme de la police et de la gendarmerie. « M. Michel Billout PC- La LOPPSI 2 est un texte fourre-tout qui contient des dispositions attentatoires aux libertés publiques. » Tout au long des articles et des amendements, le législateur s’emploie à ménager la susceptibilité de ces deux vénérables institutions. De multiples précautions sont donc prises tout au long de la rédaction pour limiter tout malentendu ou élément qui prêterait à controverse et interprétation. La lecture en est donc rendue difficile et pénible par le luxe de précautions pris lors de la rédaction. Cette rédaction démontre cependant le caractère sensible et toute la difficulté de mener à bien cette réforme.

Les professionnels de l’intelligence économique redoutent deux choses : être assimilés à des gardiens de sécurité  et dépendre de leur législation, enfin d’être assimilé aux agents de recherches (détectives privés) et la sécurité nationale. Avec le projet de lui Loi Loppsi 2, ils n’échapperont à aucune des deux étiquettes.

« Enfin, l’article 21 met en place un régime d’encadrement des activités privées d’intelligence économique, sur le modèle de ce qui existe actuellement pour les agences de sécurité ou les détectives privés. » Tel est l’objet de l’article 21 du projet de loi qui vise à insérer des dispositions relatives à l’activité privée d’intelligence économique dans la loi n° 83-629 du 12 juillet 1983 réglementant les activités privées de sécurité. Cette loi régit jusqu’à présent les activités privées de surveillance et de gardiennage, de transport de fonds et de protection physique des personnes, ainsi que les activités des agences de recherche privées.

Sur le fond

Le projet de loi donne un cadre de principe au secteur d’activité et de moraliser la profession «  L’article 21 vise à encadrer les activités privées d’intelligence économique afin de garantir la moralisation des professionnels de ce secteur , ainsi que l’indique l’exposé des motifs du projet de loi. Cet encadrement repose sur un agrément des dirigeants et une autorisation d’exercice accordée aux entreprises par le Ministre de l’intérieur.

Elle confirme le rôle de la FEPIE « Il faut préciser qu’a été fondée en 2005 une Fédération des professionnels de l’intelligence économique (FEPIE) qui revendique 120 adhérents, soit une majorité des professionnels du secteur et des associations liées à l’intelligence économique. »

Les entreprises d’intelligence économique n’ont pas pour vocation de préserver l’ordre public et la sécurité publique. Leur mission repose en grande partie sur l’exploitation de sources ouvertes et ne saurait passer par des méthodes de recueil de renseignement non accessibles au public qui doivent être réservées aux services de l’Etat.

« les activités privées de sécurité consistant dans la recherche et le traitement d’informations sur l’environnement économique, commercial, industriel ou financier d’une ou plusieurs personnes physiques ou morales, destinées soit à leur permettre de se protéger des risques pouvant menacer leur activité économique, leur patrimoine, leurs actifs immatériels ou leur réputation, soit à favoriser leur activité en influant sur l’évolution des affaires ou les décisions de personnes publiques ou privées ».

L’ Agrément des dirigeants des entreprises privées d’intelligence économique est délivré par le ministre de l’Intérieur pour exercer à titre individuel, diriger, gérer ou être l’associé d’une personne morale entrant dans le champs des activités d’intelligence économique.

Les conditions d’acquisition de l’agrément :

  • posséder la nationalité française ou celle d’un État de l’union européenne ou de l’espace économique européen ;
  • ne pas avoir été condamné à une peine correctionnelle ou criminelle inscrite au bulletin n°2 du casier judiciaire.

Avoir subi au préalable une enquête administrative afin de s’assurer que « le comportement ou les agissements du demandeur sont contraires à l’honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l’État et sont incompatibles avec l’exercice des fonctions susmentionnées».

Le ministre de l’Intérieur peut être amené à retirer l’autorisation d’exercice. Notamment si on lui reproche une insuffisance de compétences professionnelles ou de manquement à la déontologie.

Ces conditions de retraits bien que légitime, posent de nombreuses questions sur la procédure, les conditions d’enquêtes.

Quel crédit accorder aux diplômes délivrés dans la mesure où le projet de loi ne mentionne pas la condition. Et suite à cela pourquoi ne pas intégrer un module de déontologie au sein des cursus. Comment une entreprise peut se projeter dans l’avenir si tous les ans l’accréditation d’avoir un employé chargé d’effectuer des missions d’IE peut se voir non -renouvelée et sanctionnée de 15 à 45 000 Euro d’amende.

L’apport de la loi est donc peu rassurant tant dans ses conditions d’attributions que d’applications au sein des entreprises. La durée et le difficile accouchement d’un texte faisant consensus expliquent peut être en partie la grande méfiance des entreprises dans l’intégration de l’IE jusqu’à présent.

Conclusion provisoire : La bibliométrie confirmera-t-elle cette désaffection. La confrontation des deux études apportera peut être un peu plus d’informations. Rendez-vous pris au mois de septembre 2010.

Source – petit oubli

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4 réflexions au sujet de « Le business de l’IE en perte de vitesse ? »

  1. IelovePME : L’intelligence économique souffre d’une vision trop parcellaire, centrée sur la veille !

    Revenons sur l’enquête des pratiques de veille et d’intelligence économique des entreprises bretonnes parue en janvier 2010. Sa lecture apporte un point de vue général quant à la compréhension et l’utilisation de l’intelligence économique par les PME sur le territoire national.

    http://www.ielovepme.com/veille/441-lintelligence-economique-souffre-dune-vision-trop-parcellaire-centree-sur-la-veille-.html

  2. L’un des problèmes de l’IE en France, c’est qu’elle reste enfermée et cloisonnée dans un cercle parisien : réunions, conférences, club de veilleurs, soirées thématiques… L’IE parisienne monopolise les médias qui s’y intéresse pour ne donner qu’une seule vision et qu’une part de vérité et de réalité.
    On juge l’IE et on l’évalue surtout par rapport à ce qui se passe à Paris. (A en voir selon les sites qui en font sa publicité : le portaile de l’… et autres…) L’image de l’IE est également portée par le dispositif public (efficace ?), et par des « pontes » (très « technos ») qui ne franchissent que trop peu la couronne île de France et qui parlent de l’IE pour certains avec une vision Grand Groupe, complètement en décalage avec les PME.

    Certaines entreprises sont ailleurs qu’à Paris (et oui, faut-il encore le rappeler) mais parce que trop petites et jugées non stratégiques dans leur secteur on n’y prête pas attention… Pourtant, quand on y regarde de plus prêt, ce sont elles qui font une bonne partie la compétitivité de la France et ce sont elles qui développent des pratiques d’IE (non médiatisées). N’est-ce pas notre rôle de blogueur que d’en parler ?

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