Russie : Arte et les élections russes


À l’occasion des élections présidentielles en Russie le 4 mars 2012, ARTE propose une programmation spéciale les 26, 27 et 28 février 2012.

Le 15 Février 2012,  dans les locaux de Sciences Po, 28 rue des Saints Pères à  PARIS, s’est tenu un colloque organisé par l’Observatoire de la Russie du CERI sous la présidence de Marie Mendras, sur le même thème.

Ce colloque d’une durée de trois heures fut suivie par une discussion entre le public russe et français et les intervenants.

Le colloque débuta par l’analyse du vote du 4 décembre 2011 et leçons à retenir pour la présidentielle du 4 mars 2012 par Mikhaïl Sokolov, journaliste politique à Radio Svoboda, rédacteur en chef et présentateur de lʼémission « Le temps des politiciens », et auteur de Cоблазн активизма (La tentation de lʼactivisme), 2011.

Les élections du 4 décembre 2011 se sont  terminés par des soulèvements massifs de populations un peu partout dans le pays, réunissant souvent plus de 100 .000 personnes et se terminant souvent par des frictions entre les forces de l’ordre. Exceptionnel dans leur ampleur ses événements se sont aussi produits dans les villes ou régions favorables au parti du Président (Russie Unie).

L’élection de Poutine reposait sur un contrat tacite entre la population et les autorités, moyennant une restriction des libertés publiques, le parti favorisait le pouvoir d’achat et les revenus. Les quatre dernières élections avait enfermé le parti dans un cycle routinier d’élections et réélections automatiques, sans remises en cause, faute de vrais débats et d’élections démocratiques. Le paradoxe du système Poutine avait conduit le système à sous estimer le pouvoir de la population et surestimer l’utilisation  les élections comme instrument de pouvoir.

L’usure du pouvoir et le fossé qui s’est creusé entre la population et les institutions a érodée la confiance de celle-ci envers son président. L’opposition tolérée et contrôlée par Poutine n’a pas permis de relayer les attentes de la population.

Aujourd’hui, une grande question se pose sur l’avenir de la Russie après les élections. Comment va évoluer l’espace politique russe accaparé par le pouvoir politique.

En effet, la falsification massive des résultats (estimée à 17%) et la corruption des institutions ont entamé la confiance envers le jeu démocratique et encourager la radicalisation des slogans. De nombreux appels des partis à voter pour les concurrents autre que Poutine ajoutent à la confusion.

Selon les spécialistes, Poutine doit céder, une nouvelle réalité doit émerger. Si une partie de la population s’est réveillée. La prise de conscience n’est que partielle.

Chemsa Tortchinski, discutante, docteur en science politique, spécialiste des institutions et du pouvoir local en Russie, rappela enfin que la mise en place d’un système de fraude massive nécessitait un contrôle territorial important et notamment l’organisation de pressions, d’une logistique impressionnante.
Elle conclue sont intervention par le constat que l’évolution des mentalités et des mécanismes démocratiques étaient des facteurs essentiels pour mettre fin au système Poutine.

Ilya Iashin, acteur de la vie politique russe, co-dirigeant du parti dʼopposition « Solidarnost« , pense que la Russie traverse une crise politique, il est en situation de deni de pouvoir. Pour lui il y a un divorce entre la population et le pouvoir. Le contrat social informel établi entre les institutions et Poutine est rompu. La nouvelle génération, très active sur Facebook veut participer au pouvoir. Or Poutine exerce un pouvoir avant tout personnel. Il concentre tous les pouvoirs. La corruption généralisée, détourne près de 300 milliards de dollars par ans et 19 millions de russes vivent sous le seuil de pauvreté.

Moscou est secoué par des manifestations de plus de 100 milles personnes. La falsification des élections a engendré une perte de légitimité du pouvoir. Les tentatives de calme ont été avant tout des mesures cosmétiques, comme par exemple la mise en place de caméras vidéo .dans les isoloirs. De nombreux appels d’offres et contrats ont été lancés. Beaucoup d’argent public a été dépensé. Mais, l’utilisation de celles-ci pendant le comptage des voix a été proscrit.

Pour contrer les manifestations des opposants, le pouvoir central organise des contre-manifestations.  Ce type de comportement existait déjà sous l’empire soviétique. Il est très difficile de discerner entre les manifestations télécommandées et les manifestations spontanées.

Pour les opposants, le plus grand risque à venir est que Poutine se déclare vainqueur dès le 4 Mars prochain au 1er tour, car Poutine choisit ses concurrents. Le moindre opposant présentant un risque est écarté. Poutine a une domination totale des médias, il monopolise 70% du temps de parole. Il n’y a donc aucun doute que Poutine reviendra au  Kremlin.

Les opposants veulent des élections justes, une justice opposante et des médias libres. Il veulent un départ pacifique, une transition pacifique. Ils redoutent une confrontation directe qui se terminerait par un drame.

Alexeï Prokopiev, discutant ,ancien élève de Sciences Po, co-organisateur des manifestations « Pour des élections justes en Russie » en France, rappelle que c’est le système qui est critiqué et non la personne. Certes, Poutine est entouré d’un cercle de proche, il n’est pas une marionnette. Il est difficile de prédire l’évolution de la Russie. Une des grande peur du pouvoir russe est l’évolution de la Russie par rapport à l’Europe. Leurs  enfants sont en Europe.

Solidarnost a publié un rapport et l’a tiré à 1 million d’exemplaires dans les petites campagnes avec 60 milles dollars réunis par des dons.
Evolution oui. Révolution non.

Pour lui, les président sont comme les couchent ils doivent se changer souvent.
L’église est un instrument du pouvoir. Rien à attendre de ce côté.  Le PC, 2ème force théorique  politique du pays, n’est pas digne de confiance, le vote est avant tout protestataire, qui varient en fonction des territoires. Les perspectives post électorales donnerait une nouvelle douma qui assouplirait et édicterait de nouvelles règles. De nouvelles élections serait organisées et même Poutine pourrait se représenter.

De nombreuses variations peuvent étayer ce scénario. Les signaux envoyés par Poutine sont cependant très négatifs.

Il n’y a pas de leader d’opposition, pour Poutine, c’est un inconvénient, pour les opposants au contraire c’est une force.

Le colloque se termina enfin par la projection du film documentaire de Maria Eismont, journaliste à la New Eurasia Foundation, auteur de films documentaires sur les élections et la vie politique en Russie, Сделано в Бердске (Fait à Berdsk), 2011, visible sur youtube intitulé Made in Berdsk: A Story of One Protest Vote ,

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