PREMIERE TABLE RONDE : Vers de nouveaux modes de traitement de l’information


La première table ronde (11:30 à 12:30) avait pour intervenants Florent Latrive de Libération.fr, Karen Bastien de Wedodata, Caroline Goulard de Dataveyes, Alexandre Lechenet du Monde.fr et Matière Primaire Emmanuel Vandamme, ESJ Lille anima le débat , le sujet de discussion était « Vers de nouveaux modes de traitement de l’information ? La data-visualisation au cœur des pratiques journalistiques ?

Emmanuel Vandamme lance le débat et pose la question générale sur le rôle du data journalisme et revient sur Brian Boyer du Chicago Tribune qui en 2010 lança un appel aux développeurs/hackers pour qu’ils deviennent journalistes et participer à la démocratie. Est-ce une nouvelle façon de faire vivre le rôle démocratique du journaliste ou est-ce un phénomène de geek ?

Florent Latrive de Libération.fr est le premier à prendre la parole et revient sur sa première confrontation avec cette problématique en 2008, au tout début de la crise. Pour en comprendre toute la teneur, il faut déjà comprendre comment fonctionne une rédaction, comment se réalise un numéro, le choix des sujets et comment ceux-ci sont abordés en fonction du public. En l’occurrence, le thème était les emprunts toxiques, un sujet jugé difficile, peu vendeur auprès du grand public. Le document source quant à lui était un document excel avec des milliers de lignes détaillant la liste des emprunts. Il était clair que le tableau en l’état ne pouvait susciter l’intérêt et qu’il devait être retravaillé pour être accessible. Une équipe réduite, Nicolas Cori, un développeur et une nuit de travail plus tard donnent une première version de la cartographie mise en ligne (800.000 vues). Cette cartographie va faire l’objet d’une attention particulière de la presse pendant deux semaines, et plus particulièrement de la presse régionale. Les élus vont aussi se l’approprier en l’utilisant comme document de travail. Le grand public en consultant les zones concernées va à sa manière s’approprier la carte.

« Ce jour là je me suis dit on ne peut plus se passer de cet outil», mais les journalistes ne savent pas traiter les fichiers xls car ils n’ont pas les réflexes. Pour Florent Latrive, il y a là un enjeu pour les rédactions à s’organiser à ne pas laisser passer ce type d’outils et types d’informations qui regorgent dans les rédactions. La data-visualisation est une opportunité et non un phénomène de mode que la presse doit saisir.

Emmanuel passe ensuite la parole à Caroline Goulard de datavayes. Après un passage éclair dans le domaine du journalisme et du monde des médias, Caroline a créée une start-up dans le domaine de la data-visualisation. « Je ne suis pas journaliste, mais c’est un de mes sujets de préoccupation première depuis la fin de mes études». Je n’ai jamais eu de doute sur le journalisme de données. En tant qu’agence, nous nous proposons à rendre accessible et visible aux journalistes des éléments auxquels ils n’avaient pas ou plus accès dans notre paysage informationnel sans l’aide d’un support technique.

Enfin, une large part de l’information ne nécessite plus d’envoyer des journalistes enquêter. L’information arrive directement dans des rédactions ou au grand public par le biais des réseaux sociaux. Le data-journalisme est un moyen de redonner aux journalistes son rôle de médiateur, car sans lui le citoyen ne pourrait avoir accès à ces informations. Ce qui, sur le plan démocratique est inacceptable.

Alexandre Lechenet donne sa définition rapide de data-journalisme, afin de rappeler que derrière la partie technique, les méthodologies sont identiques. Il s’agit de collecter, traiter et visualiser de l’information. Cela reste du journalisme. Revenant sur son expérience à matière primaire de data-journalisme appliquée à la présidentielle.

Caroline rebondi, « Après la plume dans la plaie, la data dans la plaie ». Les exemples précités, confirment que nous ne pouvons passer à coté de cette révolution. La presse devra trouver de nouveaux formats, de nouveaux supports, il y aura un avant et un après. Il devra y avoir forcément des évolutions, de nouvelles compétences.

Les rédactions sont en pleines mutations. Une agence, une petite structure faisant appel a d’autres développeurs sont bien plus souples que des organisations lourdes intégrées aux rédactions. Être extérieur est un avantage.

Alexandre reprend la parole et confirme que le phénomène encore très nouveau et qu’il y a un vrai choc des cultures au sein des rédactions. Les rédactions portent encore sur cette approche un regard interrogatif.

Il est vrai que nous venons de loin. Les journalistes spécialisés (rubricards) n’ont pas forcément les rudiments pour utiliser les nouvelles technologies. Florent Latrive, confirme cette approche. Les fichiers excel font fuir les journalistes de Libération.

En citant un deuxième exemple sur les élections locales, qu’une fois vaincue les premières réticences, les sollicitations sont beaucoup plus faciles et plus nombreuses.

Emmanuel revient vers Caroline sur cette problématique et l’opportunité ou non d’externaliser les fonctions de visualisation. La réponse varie au cas par cas, en fonction de la complexité du sujet, de l’appel ou non à une expertise extérieure, du rythme de travail des rédactions et des agences.

La formation des jeunes journalistes ne prépare pas la nouvelle génération au data-journalisme, ou au numérique, c’est une minorité.

Le public est il sensible au data-journalisme ?.

Florent Latrive, nous n’avons pas d’argent pour les études. Mais il est vrai qu’une frange du public semble ne pas arriver pas à utiliser une Google Map et à zoomer.

La culture du chiffre et du visuel n’est pas développée dans les rédactions et auprès du grand public. 10 à 15 % de la population, pour donner des chiffres empiriques mettent un peu de temps pour comprendre un visuel simple. De type, gros carré /petit carré, puis au bout d’un moment, ils ont un déclic. A l’autre bout du spectre, les personnes très sensibles, seront friandes de ce types de visuels. Un équilibre doit donc être trouvé entre ses deux approches. Sans s’interdire toutefois d’être avant-gardiste et innovant sinon nous retournerons aux camemberts..

Alexandre, sur cette question rappelle que c’est aussi une manière d’inviter le grand public a se poser des questions et de faire confiance à sa sensibilité.

Trois éléments vont dans ce sens :

  • La granularité doit s’adapter aux lecteurs.
  • L’appropriation n’est pas automatique.
  • Importance de la légende et du texte,

La viralité de la carte démultiplie la visibilité des articles. Caroline confirme les chiffres pour des enquêtes menées pour l’Express et Arte. Avec des temps d’attention bien supérieurs à un article classique.

Sur l’équilibre entre le fond et l’esthétisme, la question est récurrente. De nombreux paramètres rentrent en ligne de compte. Il ne faut pas oublier que c’est encore un domaine qui ressort de l’expérimentation.

Pour Alexandre le design doit être au service du fond. Il doit attirer le regard et se faire oublier..  

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