Archives mensuelles : janvier 2015

Economie du Web (2ème partie)


 

 
2. L’économie de la publication
Le deuxième document proposé expose les principes qui ont prédominé tout au long du XXème siècle jusqu’à l’avènement du numérique et transformé par lui.
Synthétisé sous un tableau, présentant les trois dimensions de l’économie de la publication (forme, texte, médium) et sa traduction économique (rival ou non rival).
Pour résumer les propos tenus. Nous pouvons dire que tout au long du processus de publication les acteurs et penseurs ont cherché à trouver un équilibre entre les différents droits et obligations des intervenants de la chaîne de production et de consommation. Créant et organisant pour cela un droit particulier, le droit de la propriété intellectuelle, les droits d’auteurs et les droits et devoir du lecteur.
Cette organisation des droits et devoirs s’organisant autour des trois fonctions du VU, LU et SU et des notions de rivalité et non rivalité.
En commençant par la création du codex / manuscrit, quand celle-ci n’a encore qu’une forme et qu’elle ne concerne qu’un auteur et un éditeur. Celle-ci est encore fragile susceptible d’être volée ou perdre sa primauté. L’auteur doit s’engager auprès de son éditeur de ne pas contracter avec un autre éditeur. L’éditeur doit faire tout son possible pour diffuser l’oeuvre de l’auteur auprès du plus grand nombre possible et organiser sa viralité pour qu’il soit le dans les meilleurs délais et auprès du plus grand nombre (marketing, traduction, actions de promotion). Ces actions sont coûteuses, engageantes pour les différentes parties.
Une fois conçue, l’oeuvre obtenue, dès qu’elle est corrigée, imprimée et diffusée auprès d’un réseau de distributeurs peut être lu par des lecteurs ou consommateurs. Elle peut être même non lue, rangée dans une bibliothèque, jetée, ou donnée. Pour l’éditeur son devenir importe peu. L’accès est alors non rival, car limité, son partage peu même donner envie de posséder l’oeuvre, si honnête vous rendez l’oeuvre prêtée à son possesseur originel.
En tant que propriétaire de l’ouvrage, vous n’êtes cependant pas propriétaire de l’oeuvre en elle-même. Vous ne pouvez pas le dupliquer pour le diffuser pour votre propre compte et le revendre.
La dernière étape, le lu. C’est la dernière étape qui se passe en dehors du circuit marchand. Elle mobilise l’attention du lecteur et le temps de celui-ci. Vous pouvez lire le livre pendant vos temps de transport, ou à la place d’autres activités, en entier, partiellement, le lire une fois pour toute, ou le consulter régulièrement. La rivalité est alors partielle car pendant que vous lisez vous ne faites pas autre chose.
Le droit de la propriété intellectuelle et des droits d’auteurs qui organise le monde de l’édition rend rival ce qui ne l’était pas afin de protéger les investissements matériels et immatériels par les éditeurs et les auteurs. L’arrivée du numérique a cependant transformé la donne en réduisant dans certains secteurs les coûts de productions à zéro. Réductions des coûts qui ne se sont pas répercutés sur les prix à destination des consommateurs.
Enfin, la concurrence des activités et notamment l’attention, seule chose qui ne peut s’accroître à l’infini s’est faite au détriment de la lecture. Selon les segments de la populations et les profils sociaux économiques,  l’achat de livres chez les plus jeunes et les populations économiquement faibles ont le plus souffert. La fréquentation des bibliothèques, plus accessible économiquement voir gratuitement, ne freine pas la diminution de la lecture même auprès de ses populations.
La diffusion des tablettes et la dématérialisation des livres entrant en concurrence avec les livres papier a déporté une faible partie du lectorat vers ces nouveaux supports.
 
Conclusion partielle :
Enfin, deux autres modes de consommations de l’information devenus « mineurs » : la bibliothèque et le spectacle qui proposent d’autres approches du triptyque Vu, lu, su. La bibliothèque privilégiant l’accès par la multiplicité des sources et une autre valeur ajoutée dans le conseil.  Le spectacle mettant en avant l’attention. Que met-on dans les bibliothèques pour attirer le public ? Doit on mettre les derniers prix littéraires, les livres déjà vendu à plusieurs millions d’exemplaires ou les tirages confidentiels ? . Doit on mélanger le grand public et les étudiants ?  Enfin côté spectacle, parle-t-on d’Opéra, d’opérette, de comédie musicales, de pièce de boulevard ou de grands classiques de la Comédie française.
A l’heure d’internet, de Twitter et de Facebook, de la TNT et des bouquets et de la rediffusion permanente des programmes et de la venue du deuxième écran. L’accès a l’information vit sa révolution.
 
Encore plus proche de nous : la notion de document
En se rapprochant un peu de nous, le troisième document, nous propose de s’intéresser à la notion même de « Document », son étymologie et ses différentes acceptations aujourd’hui. De rare à pléthorique, dans son acceptation moderne, nous sommes aujourd’hui submergé de documents papier, informatiques (traitement de texte, tableurs, bases de données,dessins), mais aussi audio et vidéo et sous des milliers de formats.
Si nous avions a retenir une définition générale nous pourrions retenir celle du Belge Paul Otlet (1868-1944) :
 
« Le Livre [ou le document] ainsi entendu présente un double aspect :
a) il est au premier chef une oeuvre de l’homme, le résultat de son travail intellectuel ;
b) mais multiplié à de nombreux exemplaires,
il se présente aussi comme l’un des multiples objets créés par la civilisation et susceptibles d’agir sur elle»
La définition souligne la double multiplication des documents, en types différents et en exemplaires. Elle concerne des documents publiés.
 

Suzanne Briet élargie la définition tout objet porteur d’information peut être alors un document, pour peu qu’il soit inclus dans un système documentaire.

« Tout indice concret ou symbolique, conservé ou enregistré, aux fins de représenter, de reconstituer ou de prouver un phénomène ou physique ou intellectuel»

Ces deux éléments, « d’enregistrement » et de « systèmes documentaires » sont très importants car avec la notion d’enregistrement, « record en anglais » c’est de plus en plus rapprocher de la notion de données dans le monde numérique. La notion de système documentaire quand à elle, a mis l’accent sur la vitesse de traitement, car si vous avez besoin d’une liste de documents à consulter, vous avez besoins de les avoir rapidement pour les consulter, la conception de requête, pour pouvoir interroger les moteurs de recherche, et bien sûr en amont d’avoir des thésaurus et des systèmes de classement cohérents capables d’assimiler des millions de documents.

Mais cette présentation duale est insuffisante : elle occulte la fonction sociale qui donne au support et à l’information sa fonction de document.

Si nous reprenons la grille d’analyse précédente : Lu / vu / su  nous obtenons cette approche sur lesquels je ne peux que reprendre et adhérer  :

Vu : forme

« La première dimension, celle de la forme, est anthropologique. Il s’agit du rapport de notre corps et de nos sens à l’objet document, quel que soit le sens qu’il véhicule. Un document doit être immédiatement appréhendable comme tel. Un lecteur averti sera capable de repérer la collection ou l’éditeur d’un livre même de loin dans une bibliothèque. Sa couverture, son titre, son auteur, lui permettront de le ranger dans tel ou tel genre. La structure logique en pages, en chapitres, avec une table des matières, etc., lui est familière et lui permet de feuilleter le livre sans s’y perdre. »

Pédauque a résumé cette première dimension par une équation : « document = support + inscription. » Pour les documents imprimés, l’inscription et le support sont solidaires. La solution de l’équation se résume donc à une simple question de perception. Celle-ci se complique avec l’audiovisuel, puisque l’enregistrement et la restitution supposent un appareillage. Le document est alors reconstruit à partir d’un signal enregistré avant de pouvoir être perçu. Le décodage est une transposition d’une forme à une autre, avec simplement des risques de brouillages. Pour les documents numériques, l’équation se complique encore. Les logiciels de gestion et d’affichage des documents, les formats de fichier manipulent la structure logique du texte, ou encore le protocole de partage et le système d’adressage autorisent une réinvention du document.

Dans cette première dimension, le document n’est qu’une promesse. Sans connaître son contenu, nous savons déjà que c’est un document et nous pressentons qu’il sera pour nous utile, intéressant, distrayant ou à l’inverse sans attrait. Mais une promesse doit pouvoir être tenue, sans quoi elle n’est rien. On ne saurait donc se contenter de voir un document, il faut aussi pouvoir en consulter le contenu, même si cette potentialité n’est pas toujours mise en oeuvre.

Lu : texte

La deuxième dimension, celle du contenu ou du texte, est intellectuelle, ou si l’on veut « neuro-anthropologique». Il s’agit du rapport de notre cerveau et de ses capacités de raisonnement au contenu du document, quelle que soit la façon dont il est représenté, une écriture, une image animée ou non, un son ou encore la combinaison de tous ces éléments. Notre cerveau, par l’intermédiaire de nos sens, décode l’inscription proposée pour pouvoir interpréter la représentation qu’elle propose. Cette dimension met en avant la signification. Le décodage de l’inscription peut être réalisé par nous-mêmes, par une machine ou par les deux. Dans le cas du document le plus traditionnel qui supporte un texte écrit, le décodage est réalisé par le lecteur. Il suppose qu’il a effectué, sans doute dans son enfance, un long apprentissage pour savoir lire. Nous pouvons souvent repérer un document écrit dans une langue ou une écriture qui nous est inconnue par sa première dimension, sa forme, mais il nous est impossible de le décrypter, d’en connaître le contenu, sauf éventuellement et imparfaitement par analogie.

C’est pour cette dimension du texte que les chercheurs ont mis en avant la notion de contrat de lecture, montrant notamment qu’elle sous-tend dans la littérature la notion de genre. Pour qu’un texte appartienne à un genre, il doit suivre certaines règles d’écriture qui, familières au lecteur, lui permettront d’entrer dans l’univers de l’auteur.

 L’informatique a fait un pas supplémentaire en autorisant le calcul, les manipulations logiques, par le code. Les documents numériques peuvent non seulement être décodés par les machines, mais « interprétés », ce qui ouvre la porte à bien des applications inédites pour le traitement automatique de la langue, la statistique ou encore l’ingénierie des connaissances, comme les tentatives de traduction automatique, les moteurs de recherche ou encore les applications du Web sémantique.

Aujourd’hui on feuillette, on navigue, on consulte, on recherche, on copie/colle sur le Web plutôt qu’on ne concentre son attention sur un texte long. Le texte est déconstruit au moins en partie et de nouveaux contrats de lecture se mettent progressivement en place définissant de nouveaux genres : blogues, vidéos courtes, tweets, mélanges de contenus audios ou vidéos (mashups), etc. Au-delà, les algorithmes aujourd’hui reconstruisent à la volée des documents. Il n’est pas sûr que nous maîtrisions vraiment les conséquences de ces sortes de « contrats de lecture » entre machines, ou de cette nouvelle « lecture industrielle ».

Su : médium

La troisième dimension est donc celle de la médiation. Quels que soient sa forme et son contenu, le document a une fonction sociale.

 Nous avons vu que les deux fonctions, transmettre et prouver, ont évolué en fusionnant et en s’élargissant. Aujourd’hui, on dit « informer » sans que l’acception du verbe soit très précise. Malgré tout, la partition initiale reste utile pour raisonner, car les deux termes ne renvoient pas aux mêmes univers. Transmettre se conjugue en espace et en temps, tandis que prouver se conjugue en véracité et en confiance.

 Il s’agit d’abord de transmettre à d’autres, et au-delà de l’ici et du maintenant, un contenu à l’aide d’une forme. Le document, par le système de diffusion qui lui est associé, est un médium qui permet de faire passer un texte mis en forme au-delà du cercle intime et de la barrière du temps. Le document est un objet mémoriel : on enregistre une information

(texte) sur un objet (forme) pour pouvoir la transmettre ou s’y référer, autrement dit pour qu’elle puisse être sue dans un autre lieu et à un autre moment. L’ensemble du système documentaire est en quelque sorte notre mémoire externe, pour paraphraser Stanislas Dehaene ou Michel Serres .

La dimension de preuve est contenue dans celle du contrat qui se concrétise dans le document. Pour fonctionner, ce système devra mettre en place un ensemble contractuel pour que les maillons de la chaîne s’articulent correctement et que les intérêts de chacun puissent être préservés. Le terme « contrat » est employé ici dans un sens moins métaphorique ou implicite que pour les contrats de lecture des deux dimensions précédentes. Il a des applications juridiques. Il peut induire des transactions financières, comme un règlement de facture ou un paiement de droits. Il implique aussi souvent des obligations.

Un moment et dans un lieu où il s’écoute ou se regarde, et de la conversation en présence des interlocuteurs. Le spectacle et la conversation sont des performances. Le direct télévisé et radiophonique ou le téléphone ont permis de briser la barrière de l’espace, mais pour passer celle du temps il a fallu avoir recours à l’enregistrement, c’est-à-dire transformer ces performances en document. Une fois de plus, le numérique, tout particulièrement le Web, modifie considérablement le rapport au temps et à l’espace. La séparation entre la performance et le document, entre la communication et l’information, entre la conversation et la publication s’estompe. On enregistre, discute et publie d’un même clic. D’une certaine manière, on retrouve le doceo oral du Moyen-Âge évoqué en introduction.

Conclusion partielle :

Par le document, la boucle semble être bouclée. La définition et les fonctions initiales du document tels quelle était entendu au Moyen âge trouve dans sa forme nouvelle

Conclusion générale : L’ouverture vers les enjeux globaux
 
Au siècle dernier, on reprochait au livre d’être un facteur de déforestation. Le numérique semblait être la solution et la promesse d’aller vers zéro papier. Le livre a fait sa révolution et a mis en œuvre une industrie du recyclage afin de réduire un peu son impact sur l’environnement. La promesse du zéro papier par contre n’a pas été tenu et l’informatique qui était paré de nombreuses vertuse c’est trouvé au contraire affublé de nombreux défauts, énergivore et polluant en l’occurence.
En se plaçant dans une vision prospectiviste, la diffusion de la tablette, l’abandon de l’ordinateur traditionnel de bureau devrait se poursuivre et être une tendance majeure.
Malgré la baisse constante de la consommation par machine, la consommation globale d’énergie devrait cependant continuer à croître par les usages visible ou invisible.
L’accroissement exponentiel du nombre d’ordinateurs, d’architecture réseaux et la mise en place de data center, consommant de l’espace, des ressources énergétiques et contribuant au réchauffement climatique semblent être aujourd’hui plus sources de problèmes que de solutions. La baisse du coût de production de mémoire sur les ordinateurs, et plus particulièrement les disques durs, les connexions permanentes à bas prix, les mauvaises pratiques, la duplication excessives des fichiers en double, triples ou quadruple exemplaires, les sauvegardes anarchiques des données contribuent au gaspillage des ressources.
Le Big data, le nouvel el dorado sur lequel nombre d’Etats et d’entreprises espèrent trouver de nouveaux chemins de croissance.
La neutralité du net semble aussi faire parti du passé. Les nouvelles normes, les nouveaux standards HTML/DRM imposés par les éditeurs peuvent limiter l’accès à certaines informations voire de verrouiller l’accès au code WEB
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